Kâlios

Dimensions  40 x  49 cm

Profondeur   35 cm

Poids   27 kg

 

Kâlios est une sculpture d’argile très fine et complexe parsemée de creusets réalisés dans la matière.

Il s’agit d’un masque de guerrier représentant la divinité Kâlios, une entité de mon imagination.

Le sujet de cette sculpture est sur la calligraphie, l’importance cruciale des mots et leur usage.

 

 

La sculpture Kâlios a demandé un travail d'orfèvre minutieux pour creuser avec précision l'argile,

en particulier afin d'obtenir les effets de dentelle visibles sur sa partie basse

 

Cette technique complexe repose sur une fine attention portée aux éléments Air et Eau qui eux seuls décident des possibilités offertes par l'argile.

Les mouvements de cisèlement et de modelage se font de concert avec le niveau progressif de dureté que l'air ambiant donne à la matière, le processus créatif étant donc semblable à une danse exigeante entre l'humidité et la sécheresse en temps réel de la terre. C'est une création en flux tendu permanent où le moindre relâchement de concentration peut compromettre toute la structure sans retour arrière possible. 

 

Le nom de Kâlios est inspiré de l’origine du mot calligraphie qui est composé de moitié par ( deκάλλος )  « kállos » signifiant « beauté ».

Il est complété par ( γράφω ) « gráphô » qui signifie « écrire ». 

 

L’histoire de Kâlios est narrée dans une légende que j’ai écrite et dédié à cette sculpture, elle est disponible au bas de cette page. Son esthétique et sa symbolique y sont expliquées.

 

Le côté gauche est pourvu de cornes pour souligner l’animalité de Kâlios et son masque sous l’œil y est dentelé. Les creusets y sont ondoyants.

 

Sur le côté droit, les creusets y sont bien plus tranchés dans leur forme, à l’extrémité rectiligne, reprenant le style dynamique et coupé de la calligraphie persane Nastaliq.

 

Ses couleurs sont métalliques : l’or prédomine avec des sous tons cuivrés et, en arrière-plan, des reflets argentés noircis, oxydés. Ce choix, comme tout le reste, fait partie intégrante de la symbolique de Kâlios narrée dans sa légende.

 

La forme du masque est elle aussi inspirée de la Perse et ses casques de l’ère médiévale, notamment le type khula khud.

 

Des fleurs de lys y figurent également, leurs significations au fil de l’histoire étant aussi variées que proches de la notion de puissance lorsque l’origine de ces fleurs se trouve ironiquement dans les marais. Là aussi, en résonnance avec la légende et la notion toute relative du pouvoir. Comme le nombre de leurs pétales, elles sont au nombre de trois.

 

Pour aller plus loin dans le décodage de Kâlios, un secret se trouve dans cette trinité, soulignant l’aspect universel du langage humain à l’ère contemporaine. Ce secret sera gardé par son auteur, son usage pouvant être dévoilé au cours de sa vie dans le cadre d’une très large quête au trésor qui mobiliserait d’autres de ses œuvres. 

 

Son acquéreur sera donc si il le désire l’un des gardiens de ce secret. 


La légende


 

 

 " Enfant , j’appris le pouvoir vertigineux des mots et leur usage.

Pour protéger, aimer, rêver, défendre, construire mais aussi diminuer, corrompre, affaiblir, nécroser et détruire.

 

Les mots traduisent les pensées, les élèvent en pont communiquant entre les êtres pour bâtir les civilisations ou les réduire à néant.

Ils sont comme des aiguilles qui, pour qui sait les manier, peuvent atteindre la perfectibilité chirurgicale du mouvement affûté. De ceux qui clôt et scelle les destins à tout jamais.

 

Le langage est une lame fluide et perçante qui peut transcender à elle seule les couches brumeuses des psychés les plus réfractaires et minées.

Une variation de mot, un sens proche mais différent, peut ouvrir un siècle de paix comme un ciel trahi de bombes.

 

Bénédiction génétique ou espèce maudite, l’expression humaine est le liquide amniotique de notre monde. Elle conditionne tout,  peut piloter le meilleur de notre coopération comme le pire de nos convictions nauséabondes.

 

A l’ère où tout le monde semble avoir quelque chose à dire et peut le faire aussi rapidement qu’il le désire, dans une cacophonie ininterrompue de subjectivités plurielles, les mots souffrent des maux qu’ils ne peuvent plus décemment servir. L’intensité avec laquelle ils sont ébruités définie aujourd’hui leur véracité lorsqu’autrefois, l’essence même de leur définition prévalait. Les sens même de leur construction guidaient.

 

Aujourd’hui ils nous perdent, nous rendent hagards et avides à la fois, d’une direction à prendre sur des chemins mal éclairés.

 

Kâlios est une divinité au masque de guerrier.

 

D’un côté il y a des cornes, d’une bête blessée qui peut être la plus dangereuse si elle est menacée, entouré de la dentelle fine et fragile des paroles mesurées, millimétrées.  De l’autre, il y a des volutes persanes, issue de l’ancienne calligraphie Nastaliq, semblable à des sabres souples mais néanmoins mortels, pourfendant l’air cristallin du silence pour y poser leur sens.

 

Kâlios est un rappel à l’usage de ces lames qui, ignorées et mal entretenues, finissent par s’émousser.

Qui, privées de leurs tranchants et mal employées, sans aucune retenue, s’oxydent et finissent par nous intoxiquer.

Nous rendent ivres d’un nectar de mots vides et de paroles inachevées dont seul le bruit qu’elles provoquent persiste à notre chevet.

 

Nous faisant ainsi demander le soir au coucher «  quel lendemain les mots peuvent-ils encore nous faire espérer » ?

Si leur usage, largement répandu par les sommités des sujets concernés n’atteint plus les indifférents, impassibles et inertes sommets de notre société ? Et si dans le même temps, ces même points culminants de pouvoir laissent leurs redoutables manteaux glacials de mots creux déferler sans cesse sur nos plaines cognitives, nombreuses certes mais pas assez hautes pour en avoir le même écho ?

 

Les mots de Kâlios, autrefois conducteurs de notre puissante énergie, étaient bâtis d’un métal pur comme l’or et le cuivre. Ils montraient la voie à suivre. Mais, jaloux de leurs reflets chatoyants, très tôt dans notre histoire, un autre a dévié cette conductivité, enorgueilli et plus fort que les deux précédents : c’était l’argent.  Aujourd’hui, il est à quelques corrosions supplémentaires de monopoliser ce précieux transport d’idées, ne nous laissant guère plus qu’un vulgaire aluminium moins performant, plus isolé : oxydé et grignotant nos dernières couches de dialogues avisés, raréfiés.

 

Laisserons-nous Kâlios, gardien du langage, périr à l’usure et guerroyer contre nous ?

Jadis notre meilleur allié mais peut-être demain, mettre notre humanité en joue ?

 

Les mots cisèlent et cisaillent l’esprit humain pour mieux cintrer sa singularité, comme autant de frêles couches toutes vitales à l’expression de sa complexité. Ils centrent et ceinture avec rigueur et rudoiement la tenue exigeante portée par le Langage pour nous représenter.

 

Semblable à la noble calligraphie perse un temps disparu lorsque celui de l’imprimerie fût venu, nos propres enluminures singulières tendent à faner à l’ère délétère du virtuel et son contenu.  Ne les abandonnons pas, empêchons-les d’être avalés par l’obscurité. Défendons-les face aux vents contraires venus des cimes dont il  faut se rappeler qu’à leur altitude, si la conductivité est plus rapide, subsiste aussi la rouille corrosive.

 

Ainsi, si les mots cisaillent les hommes, les brutalisent et en fragments corrodés les divisent, ils peuvent aussi les agglomérer d’une matière nouvelle et titanée, qui, si de l’argent la couleur semblerait s’emprunter, s’inspire vraisemblablement de l’acier zingué : robuste et galvanisé.

 

Kâlios nous rappelle qu’ainsi forgés, rien ne pourrait, de ces maillons humains, en briser la chaîne.

 

Que les petites montagnes forment des Pyrénées plus impressionnantes que l’acmé intimidante d’un Mont isolé.

Que leur habitat clément sera toujours plus enviable que le climat mortifère de ces haut lieux devenus Mausolées.

Qu’en définitive toute montagne de toutes vallées, même des plus reculées, ne sauraient être autrement que morcelées.

 

Alors, si l’Everest lui-même fait parfois de l’ombre aux âmes en peine, n’oublions jamais qu’il fût un jour, lui aussi, une plaine.

 

Loin d’être arrivés au terme, à nous donc de remuer les sédiments d’une humanité moins terne dont la poursuite ne saurait jamais être vaine.

 

En dépit des différences : attelons-nous à nos mots, nos expressions, nos espérances.

Pour tout ce qu’il reste encore à dire, et du reste à agir, prenons cette dernière chance.

 

 

Car de notre pathos, Kâlios,

si nous savons l’honorer,

en pourfendra le dernier os."