Hand in cap

Dimensions  30 x  62 cm

Profondeur  30 cm

Poids  37 kg

 

La sculpture Hand in Cap traite du handicap invisible

  

Hand in Cap  ou  " main dans le chapeau "

tient son origine d’un jeu anglais qui se basait sur l’inégalité et

le hasard pour avoir la chance de tirer d’un chapeau un objet d’une valeur supérieure aux autres

Dans cette sculpture, très personnelle,

deux significations sont possibles :

 

Une main blanche tente avec force de faire rentrer un cerveau doré qui résiste, dans un cube de verre trop petit pour l’accueillir

 

Au fond de ce cube se trouve du sable,

parsemé de lames tranchantes, prêtes à jaillir

 

Si la main atteint son but, le cerveau périt

 


 

La première signification est évidemment le caractère standardisé de nos sociétés qui tendent à formater les individus selon un ordre de pensée établit, conforme, depuis leur naissance. Il en va du devenir de l’organisation d’une civilisation.

 

Mais le cerveau, dans sa complexité, ne peut contraindre son porteur à un moule définit : nos pensées, rêves, peurs, idées sont par nature éparses, illimités. Aucun cerveau ne pourra parfaitement et confortablement intégrer un cadre imposé sans s’y sentir, à un moment donné, trop à l’étroit : asphyxié.

 

S’il s’y contraint, c’est sa mort programmée, la fatalité acceptée d’une intelligence avortée. D’une spontanéité cognitive précieuse à jamais étouffée.

 

Et la main dans tout ceci ?

 

C’est la pâle et sourde pression collective, nourrie et exacerbée par la propre soumission forcée de chacun. Des propres sacrifices durement réalisés dont on comprend que certains pourraient injustement y échapper.

 

C’est la main qui presse et blesse l’autre, dont le sang de son crime jaillit : tuer la singularité de l’Autre, c’est tuer l’intelligence collective dans laquelle il ferait pourtant meilleur de vivre.

 

Chaque humain est unique avec son lot de curiosité qu’il faut choyer et préserver : à chacun donc, pour jamais n’atteindre le fond du bocal, de lutter face à la médiocrité exacerbée, la noirceur paralysante et la médisance asphyxiante.

 

 

Cultiver son intellect et ses reflets dorés

comme autant d’armes florissantes pour y résister. 


 

La seconde signification, plus intime, s’adresse aux humains qui,

du chapeau, auront tiré un lot moins attendu que les autres.

 

Qui auront hérité, dès la naissance, de différences cognitives profondes et structurelles qui les isoleront dans un parcours le plus souvent éreintant et mutique, si ce n’est pour les moins chanceux d'entre eux, dramatiques.

 

Qui, de par leur fonctionnement particulier, se sentiront dès l’enfance hors-norme et difforme, dans le sens monstrueux du terme, comme un rouage défectueux sorti du tapis d’usine. Un défaut de conformité.

 

Ils vivront très tôt dans cette menace invisible d’être broyé s’ils ne se mêlent pas discrètement au reste de leurs congénères, redoutant le jour fatal où leur incongruité serait remarquée et révélée aux yeux de tous, démasqué dans l’horreur défigurée de ce qu’ils sont.

 

Qu’ils pourraient ainsi finir au bûché,

cloués au pilori du mépris social, moqués, exilés.

 

Qu’aussi longtemps que les apparences maintiendront le cap, ils pourront entretenir l’illusion convaincante d’un individu normal dans le confort extraordinaire d’une parfaite ordinarité. Calme, sans aspérités ni curiosités effrayantes autre que les remouds habituels d’une humanité qui s’éprouve.

 

Ces individus vivront leur complexe au sein de ce que l’on appelle le handicap invisible, piégé par ces murs transparents qui rendent leurs obstacles inexistants au regard extérieur.

 

Ces parois de verre entre lesquelles ils suffoquent empêchent leur entourage de voir les raisons de leur dérangement permanent ou de leur entortillement constant, même autour des problématiques les plus simples. 

 

D'invisible, elles rendent leur souffrance incomprise.


 

S’ajoutera à cela le paradoxe désagréable d’une enfance passée à se camoufler dans les cours d’école lorsqu’il n’était guerre bien accueilli d’être différent des autres, promettant un rejet quasi inévitable tandis qu’intervient aujourd’hui en contraste élevé l’ère étrange du pathos glamourisé où différer de la norme est désormais encensé, désiré, valorisé. C’est à celui qui pâtira du symptôme le plus rare, le plus recherché.

 

Autrefois uniquement source de souffrances silenciées, aujourd’hui vecteur de valeurs sociales pour se démarquer avec toujours plus d’originalité. Ces tendances aux troubles cognitifs stylisés sont une insulte d’une rare violence pour les individus qui ne peuvent déposer leur handicap à la fermeture d'Instagram ou Tiktok ; qui réellement concernés, vivent tous les jours de l’année dans l’effort coûteux de s’adapter à une société normée. Qui ne singent pas leur souffrance devant une caméra pour se sentir élu parmi les élus, dans un fantasme absurde et mégalomane de se vouloir le plus souffreteux, au centre de toutes les compassions.

 

Le résultat très concret de ces mouvances virtuelles qui visent à rendre intéressant et unique un individu par le seul biais de sa santé et non sa singularité propre comme ses idées ou sa créativité, c’est une désinformation globale sur les notions complexes de neuroatypie et la réserve intellectuelle que ces sujets délicats exigent.

 

L’effet immédiat, c’est également un isolement toujours plus grand des individus réellement coincés dans ce cube de verre qui, lorsqu’ils évitaient plus petits la moquerie, doivent aujourd’hui éviter le dénigrement provoqué par ces effets de mode, les plongeant toujours davantage dans la pudeur maladive d’exprimer leurs différences.

 

Ainsi, comme l’extrême majorité des personnes ayant un handicap invisible ne s’épanchant pas sur les réseaux sociaux, je ne m’exprimerai pas davantage sur le mien. Ni dans ces espaces ni dans cette époque étrange du mal-être fétichisé.


Je peux néanmoins en faire une sculpture.

 

Pour tous les invisibles qui cohabitent dans leur tête avec un dynamisme qui les dépasse, les submergent, les confondent en erreur.

Pour toutes celles et ceux qui, impuissant, se retrouve au volant d’un véhicule bien trop rapide pour apprécier le paysage.

 

 Un bolide dont le moteur surchauffe et, irrémédiablement, s’enraye.

 

Qui ne savent parfois que faire de cette vitesse de traitement et du sentiment paralysant devant ce qui semble être en permanence un ralenti extérieur, trop lourd, trop penaud, dans lequel les embryons d’idées se meurent.

 

Qui pédalent vite, inquiets, pour éviter que l’inertie environnante ne les fasse chuter.

 

Ceux que la lenteur tue. 


 

Mais la vraie violence, la plus insidieuse, ce n’est pas celle infligée par un système qui ne peut accepter, dans ses rouages les plus primitifs, des individus au fonctionnement profondément différent.

 

Vous voyez la main blanche de  "Hand in Cap " ?

 

Pour les invisibles, ce n’est pas la main extérieure de la société qui vient appuyer sur un cerveau déjà sous l’eau.

 

C’est la leur.

 

Et c’est là, leur plus vive douleur.

 

Celle, intériorisée depuis l'enfance, qu’il leur demande pour survivre de rebosseler leurs paramètres neuronaux dans le cube sociétal, comme un marteleur sur son acier, d’une sévérité cruelle et impitoyable.

 

Qui leur fait comprendre que personne ne les blessera mieux qu’eux-mêmes, ne sera plus à même de les y contraindre et alors, peut-être... d'y parvenir.

 

La construction interne de leur psyché fût telle que le sang doré qui s’échappe de la main de la sculpture, c’est celui de leur propre cerveau, contraint par leur corps. Un corps qui se veut désespérément évoluer et évolué comme les autres.

 

Subir cet handicap invisible c’est être coincé entre ces deux tensions qui poussent au centre un esprit déjà acculé : d’un côté le besoin vital de s’intégrer dans le paradigme général quitte à maltraiter son essence propre, et de l’autre le désir de vivre comme ils sont nés.

 


 

Hand in Cap, c’est l’Ouroboros permanent de leur propre main qui force leur cerveau vers l’injonction normative,

jusqu'à la queue du serpent, le fond du bocal, où si la main réussit son entreprise, des lames aiguisées les y attendent sans surprise.

 

Ces lames, ce sont les larmes tirées après l’énième tentative d’avoir voulu ignorer leurs difficultés, à leurs dépends immédiats.

 

J’use ici de symbolique mais le caractère mortel des pointes d’acier n’est pas anodin : contraindre un cerveau dans le sens contraire de son fonctionnement, c’est l’empoisonner et mener son propriétaire à vivre une explosion de ses symptômes ainsi que des comportements à risques.

 

Tocs, insomnies, crises d’hyperesthésie répétées, troubles alimentaires, crises psychotiques, autodestruction, envies suicidaires … la liste d’un corps humain mené à bout depuis l’intérieur peut-être longue et variée en fonction des individus.

 

Des aménagements sociétaux sont aujourd’hui pensés mais le regard général est encore trop étranger à ces notions complexes et le pullulement des tendances actuelles qui glamourisent le sujet ne font qu’aggraver la prise de parole déjà timide des personnes réellement concernées. 


 

Je peux néanmoins laisser mon art le faire pour moi. 

 

Car si la société valorise à échelle variable les différences des uns et des autres en fonction des époques, cela n’exclue pas la possibilité d’apprendre à valoriser soi-même ce dont on dispose au départ de notre existence.

 

Ce fonctionnement neuronal étant ce qu’il est pour moi au niveau du quotidien, c’est-à-dire invasif et handicapant, il est également comme tout cerveau humain quel qu’il soit, un formidable outil.

 

Doré et scintillant,

comme tous les autres,

à sa façon.

 

C’est à nous d’y chercher les endroits où ses dorures se refléteront le mieux, d’y trouver notre place, dusse t’elle se construire dans la sueur et la souffrance.

 

Si le gaz toxique est inévitable et la pièce fermée…

attelons-nous à construire des fenêtres.

 

C’est le message que je voulais laisser dans cette sculpture : la lutte fera peut-être toujours partie de notre vie car l'environnement restera le même mais l’extérieur du cube, lui, en vaudra toujours la peine. 

 

La vie est riche, nos architectures neuronales aussi. Cela mérite de prendre l'équerre et le compas, de ne jamais baisser les bras. 

 

Pour finir, vous avez peut-être remarqué une phrase sur un petit parchemin isolé au centre du cube.

 

 

Ecrivant à l'envers depuis l’enfance,

voici mes maux dans mes mots :

 


 

 «  Le mal invisible est des plus cruels

mais l’ignorance qui l’enfante et le nourrit 

reste des plus destructrices. »

 

L’heure est aujourd’hui au remède.

 

Si nous ne pouvons défaire la génétique ni la façon dont celle-ci a été accueillie par l’environnement extérieur, une seule issue alors :

 

Construire.

 

Trouver le moyen de fendre la peau épaisse de l’ouroboros depuis l’intérieur et crever ainsi l’épaisse paroi de notre prison. Briser le cercle infini d’une souffrance semblant inéluctable.

 

Fendre les parois de verre depuis son sein, non par la main qui nous y pousse, mais par le cerveau même qui veut en réchapper.


 

Laisser la différence honnie trouver sa propre sortie.

 

Enfin, s’illustrer bon joueur du jeu « Hand in Cap » et sourire devant le lot hasardeux du chapeau reçu entre nos mains.

 

Accepter que même différent, heureux peuvent être les lendemains. 

 

 

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