Esmeragde

Dimensions  37 x  50 cm

Profondeur  43 cm

Poids  27 kg

 

Le thème de la sculpture d’Esmeragde est la Vengeance. 

 


 

Un thème philosophique très humain abordé au travers d’une légende que j’ai écrite,

racontant l’histoire de cette créature issue de mon imagination.

 

 

La légende est composée de 5 chapitres :

 

La Bête, le Glaive, la Lame, la Malédiction et la Morale.

 

 

On y comprend pourquoi la créature a cette apparence du côté droit de son visage tandis que le côté gauche reste d’un noir profond et lisse.

 

Pourquoi a-t-elle une épée enfoncée à l’arrière de son crâne avec un centre lumineux fait de verre ou encore une petite lame incisant son dos ? Que signifie cette bille d’eau placée sur sa langue ainsi que les autres jonchant le pommeau du glaive ?

 

Pourquoi est-elle aveugle et ses traits monstrueux ?

 

Chaque détail de la sculpture a été pensé en parallèle de cette la légende, comme le nez de la créature volontairement petit pouvant correspondre à celui d’un enfant, possible vestige de l’ancienne humanité d’Esmeragde dont on ignore l’origine. 

 

J’ai également creusé deux cavités permettant de retirer si souhaité le glaive et la lame de la sculpture principale.

 

Le glaive quant à lui est divisible en deux parties qui se vissent afin d’accéder au cœur du verre brisé dans lequel le poème que j’ai écrit à la main sur un parchemin y a été caché.

 

 

Esmeragde aura été complexe dans sa réalisation

de par la difficulté des techniques employées,

notamment sur la partie de l’épée. 


 

Un court-métrage narrant l’histoire d’Esmeragde avec des plans filmés

de la sculpture sera disponible courant Novembre 2025

 


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CHAPITRE 1

LA BETE 

 

Je vais vous raconter l’histoire d’Esmeragde.

 

 

Cette créature dont nous ne connaissons ni l’origine, le sexe ou l’âge, tapisse le fond des eaux les plus sombres, abyssales. Elle tient son surnom de sa couleur, très rarement apparue au fil des siècles, et dont seuls les reflets émeraudes émergèrent à la surface sous les yeux béats de terreur des marins devenus pâles.

 

La légende raconte que la créature Esmeragde était autrefois humaine et qu’elle fût trahie. Son visage, noir d’un ébène pur et parfait, sans altérités, fût alors corrompue d’une haine aveuglante qui transforma la moitié de son visage. Nous ne saurions dire si c’était un enfant, une femme ou un homme et si la trahison vint d’un parent, d’un ami, d’un amant ou d’un royaume.

 

Mais la douleur fût telle qu’elle en perdit la vue remplacée par des écailles et crocs pointus, aussi aiguisés que sa colère, à l’affut. Désorientée, semblable à un compas tournoyant, les voiles furieusement gonflées d’un vent hurlant, sa douleur frappe où les alizées soufflent, peu importe les vagues innocentes qu’elle fracasse sur son passage et les navires qui s’y engouffrent.

 

D’humain elle devint monstre et sa peau se confondit alors avec l’océan.

 

Des protubérances turgescentes lui poussèrent de toutes parts comme autant de stalagmites menaçantes. Pour guider son errance, des branchies frémissantes l’armèrent d’une ouïe capable de couvrir toutes les distances, précise et mortelle pour toute âme passante.

 

Cette créature de toutes les souffrances n’avait d’autre but venimeux et rance que celui de la Vengeance.

 

Perdue, éternelle, s’abattant encore aujourd’hui sur toutes vies dès qu’elle en a la chance.

 

Seule moyen d’y survivre : une proie davantage imposante.

 

 

Inexistante est sa clémence. 


 

CHAPITRE 2 

 LE GLAIVE 

 

Esmeragde n’en est pas pour le moins invincible. Un secret indicible se cache au fond de ses traits acides, préservé dans une gueule tendue, prête à frapper l’invisible. 

La voyez-vous ?

Cette sphère lisse et translucide ?

 

 

C’est l’orbe de son cœur entravé de chaines.

C’est le commencement et l’anéantissement.

L’origine de ses peines, la seule issue de sa fureur vaine.

 

Si l’on parvenait à l’atteindre, nous verrions ce qu’Esmeragde ne peut plus voir depuis longtemps.

 

Un massif glaive enfoncé jusqu’à la garde pourfendant son crâne.

L’impact du coup fût si violent que sa chair éclatée en resta figée tout autour de l’arme. Celle-là même qui blessa cette partie autrefois humaine, répandant le sang bleuie d’un futur règne de terreur et de larmes.

 

Une architecture semblable au faciès monstrueux d’Esmeragde y grimpe vers le sommet duquel glissent lentement et inexorablement le long de ce pommeau en spirale d’autres orbes.  


Chacun d’eux contient un poison méphitique alimentant, de l’épée,

son centre névralgique, luminescent et cristallisé dans une prison de verre.

 

A travers la suintante blessure nidoreuse, le toxique miellat s’insinua ainsi

jusqu’à son esprit comme une intraveineuse pour y former son propre orbe de colère :

celui d’Esmeragde reposant sur sa langue, fruit mûr et capiteux d’une haine diffuse et étrangère.

 

CHAPITRE 3

LA LAME

 

Toutefois, si la créature hurle constamment de douleur, ce n’est pas le fait de ce macabre artefact nourri d’aigreur.

 

Pour le découvrir, il faudrait oser la regarder de dos en la contournant, au risque important d’apercevoir sa vraie lueur.

 

Au passage de cette audacieuse manœuvre, l’on verrait alors cette funeste bille éclairée par la surface à travers sa gueule duquel jaillirait dans une lente et terrifiante précision le vrai regard de cette chimère sonnant notre dernière heure.

 

Celui arraché de ses orbites,

celui d’un tueur.

 


 

Enfin, ce n’est qu’une fois arrivé derrière sa gigantesque silhouette qu’on y distinguerait planté là une bien plus subtile horreur :

une lame fine comme une aiguille incisant sa colonne hérissée de peur.

 

 

C’est là.

 

La source de son malheur.

 

Nichée dans sa moelle épinière,

hors de portée de ses nageoires fulminantes de rancœur,

cette sournoise agression d’acier représente la véritable trahison.

 

 

Celle faite dans son ombre et ses jours terrestres, éclaboussant sa mémoire du fiel immonde d’un autre nom. Celui de son agresseur que jamais elle ne vit, perdant ainsi la raison et attaquant depuis lors toute pénombre menaçant son nouveau monde.

 

C’est cette sensation, perforation chirurgicale d’une confiance en l’Autre fendue depuis sa base, qui maintient cruellement à vif le tourment d’Esmeragde.

 

Emprisonnée dans l’algidité des eaux les plus obscures de l’humanité, condamnée à l’éternelle obduration de sa brutalité.

 

Comme un spectre flottant et hanté, bercée de ses propres mélopées.

 


 

CHAPITRE 4

 

 LA MALEDICTION

 

Suffirait-il alors, dans l’hypothèse où nous lui survivons,

de retirer cette lame pour la délivrer de son mal ?

 

Non, car c’est là tout le drame : une plaie cautérise toujours, même la plus terrible, mais son souvenir lui, demeure tant infranchissable qu' infrangible.

 

La solution de l’énigme d’Esmeragde tient du miracle dans son exécution et constitue par là même l’enseignement que nous en tirerons : c’est dans le massif glaive, dont elle adopta par mimétisme défensif la même esthétique, que son salut subsiste.

 

Esmeragde ne le voit plus ni ne le ressent car il est devenu une partie intégrante d’elle-même, fusionnant avec ce corps étranger, modifiant l’ADN de sa psyché.

 

S’adaptant à cette violence reçue pour apprendre à la reproduire, comme un peintre intégrerait sa palette à l’ouvrage, le moyen servant habilement la fin. Cette épée, d’offense meurtrière, est devenue sa couronne. Sa nouvelle aspiration, son coruscant phare, son nouveau rapport aux Hommes.

 

 

Pour quitter ce trône maudit,

Esmeragde seule peut le rompre en deux pour en fouiller les débris.

 

 

Elle y trouverait alors un vieux parchemin caché en son sein, sur lequel est inscrit un poème occulte dont la lecture libèrerait les paroles de son salut. Il annulerait la féralité de son âme perdue. Lui rendrait son humanité déchue.

 

Mais pour cela, Esmeragde qui a perdu la vue a besoin que ces lignes lui soit lue. Elle, qui entend de son ouïe surpuissante chaque cœur battant en approche, lui fonçant impitoyablement dessus.

 


 Qui osera donc défier les profondeurs au péril de sa vie pour tenter d’aider la bête ainsi meurtrie ?

 

 

Esmeragde est maudite : bien que son sort ne soit pas scellé, il est hautement improbable qu’il puisse un jour être renversé.

 

Les miraculés passés n’ayant jamais réussi jusqu’alors, les eaux du Monde

resteront peuplée d’une créature farouche et agonisante qui se voulait naïade,

répandant l’âpre venin de sa gueule béante dans ce Purgatoire éternel qui la hante,

rêvant de la dernière noyade.

 

Se désirant survivante de sa propre ombre incontrôlable nommée Esmeragde. 

 

Fin


CHAPITRE 5

LA MORALE

 

L’existence damnée de cette créature qui jamais ne fût vengée nous rappelle à nous, humains, qu’il est vital de ne jamais emprunter son chemin. Que peu importe les auteurs de nos trahisons subies, nous ne devrions jamais devenir le monstre qu’ils auraient aimé faire de nous, à vie.

 

Qu’il ne faut pas attendre d’être pleinement aveugle et sourd à notre propre détresse, détruisant alors  hasardement pour notre avenir toutes promesses, repoussant les personnes lumineuses et refusant toute gentillesse.  Car une main tendue, c’est tout ce qu’il manquait à Esmeragde pour se faire lire les paroles voulues.

 

N’imitons pas le bras qui frappe comme Esmeragde imita l’épée pour emprunter de sa monstruosité : n’apprenons pas de la noirceur des autres, ne transmettons pas l’avarice, la laideur et l’immondice des plus pauvres de cœur.

Ce serait, pour les bourreaux, leur faire trop d’honneur.

Ce serait répandre leurs vices.

 

Il faut apprendre à briser le chaos par son départ et ne jamais le consommer, il faut recracher cette bile et guère comme sienne la considérer : nos fureurs sont des héritages non désirés, des lègues empoisonnés qu’il ne tient qu’à nous de contrôler.

 

Observer et comprendre la structure du glaive et la rigidité de la lame. Voir à travers le brouillard des orbes aqueux glissant silencieusement dans notre esprit. Enfin, d’un courage éprouvant, décider que cette bille, seulement des trahisons l’enfant, n’est pas nôtre.

 

Que sur cette langue, jamais elle ne sera souveraine.

Qu’elle peut être relâchée, ouvrant le nouvel arc d’une vie sereine.

 

 

 

 

Mais la tâche est ardue,

parfois la plus difficile à entreprendre pour l’âme humaine.

 

Ce sera l’œuvre d’une vie pour certains. Refuser l’avènement du monstre ne signifie pas pardonner l’Autre, ceci est une autre démarche propre à chacun. Contenir notre Esmeragde interne c’est au contraire se venger des évènements, de la fatalité qui nous a été annoncée ; celle selon laquelle nous resterions, toute notre existence, affectés.

 

Pour autant, le développement d’un ou deux écailles défensifs ou d’un croc plus aiguisé que les autres ne sera pas vain : cela pourra être accueilli et cultivé comme on sépare le bon grain de l’ivraie de sorte que l’ombre d’Esmeragde pourra désormais menacer pour protéger.

 

Nul humain n’est plus fort que celui qui a compris qu’on ne domestique pas la bête : on lui parle, l’échine courbée. On la comprend, lui proposons une place, un rôle à jouer. Gardienne de notre intégrité, redoutable et sauvage créature devenue alliée.

 

Lorsqu’à votre tour vous croiserez des humains dont les traits tirés tendent à muter vers les profondeurs salées, rappelez-vous que des reflets émeraudes tentent de les posséder.

 

Si il n’est pas trop tard,

plongez alors la main pour leur éviter de s’y noyer.

 

Car désormais,

d’Esmeragde vous connaissez la légende et sa férocité.